Petite ciguë, Aethusa cynapium
Dernières nouvelles

Plantes sauvages et sécurité

Au vu des actualités, la cueillette sauvage et l’utilisation des plantes sont de plus en plus répandues. Parallèlement, le nombre d’accidents liés à cette pratique augmente, ce qui m’a poussée à m’exprimer sur le sujet et donner quelques préconisations qui me paraissent utiles.

Le monde des plantes peut être fascinant, pour celui ou celle qui s’y penche avec curiosité et soif de découvrir. C’est une mine d’inspiration certaine pour les poètes, une palette de parfums et saveurs pour les amoureux·ses de la cuisine, une source de connaissances intarissable pour les passionné·e·s de la nature, de la santé et de la biologie.

Un domaine fascinant, mais pas seulement

Mais il serait déraisonnable de ne parler que de ces aspects : certaines plantes sont mortelles. Le risque de confusion est omniprésent, à chaque récolte. Le résultat d’une erreur d’identification peut mener, dans le meilleur des cas, à une petite réaction bénigne, mais cela peut aussi conduire à des dommages irréversibles sur certains de nos organes, et dans le pire des cas, au décès.

Plusieurs étapes pour progresser

Le monde végétal est à approcher avec patience et humilité : une sortie accompagnée d’un·e professionnel·le, ou un livre ne suffiront pas, selon moi, à faire entrer dans notre cuisine ou notre salle de bain une nouvelle venue. Ces démarches sont nécessaires et participent au chemin vers l’autonomie, qui se fait par étapes. Il est essentiel de passer du temps à étudier, à douter, à se former de nouveau, à vérifier les critères d’identification déterminants plusieurs fois avant une quelconque utilisation.

Concrètement, voici mes habitudes : encore aujourd’hui, alors que j’étudie et pratique les plantes depuis plus de 15 ans, lorsque je rencontre une plante qui m’est inconnue, je la photographie, l’observe sous toutes ses coutures : a-t-elle des poils, des tâches ? Sa tige est-elle ronde ? Carrée ? Quelle est son odeur?

Recouper les sources

Petite ciguë ou ciguë des jardins
Petite ciguë (Aethusa cynapium) au jardin : feuilles de persil au premier plan, et ciguë au second plan (toxique mortelle).

J’ouvre systématiquement deux à trois livres pour recouper mes observations, ainsi qu’avec des sites-ressource : je vérifie les critères d’identification de la plante ET ceux des confusions possibles.

Si c’est une plante comestible, alors vient la phase de test pour la saveur, les doses et les manières de l’accommoder. Je commence toujours par une très petite quantité, car tous les goûts sont dans la nature, c’est le cas de le dire 😉

Ensuite seulement, la nouvelle plante prend sa place dans mes recettes ou soins. Concernant l’emploi en phytothérapie, les précautions à prendre sont encore plus grandes.

Il arrive qu’une année entière soit nécessaire afin de « connaître » une plante. J’ai besoin d’observer le végétal à chaque saison. Souvent, les feuilles d’une plante d’octobre n’ont rien à voir avec celles du mois de mai, en termes d’aspect, de goût, voire de toxicité.

De la patience donc, car j’estime que ce processus est incompressible.

Pour conclure, je retiendrai l’importance de mettre en place des automatismes de vérification lorsque l’on part en cueillette, même si l’on ne se considère pas comme novice. Et n’oublions pas que nous sommes seul·e·s responsables de ce que nous consommons.

Liste non exhaustive des ressources que j’utilise :

  • https://www.tela-botanica.org/ : très riche, en descriptions botaniques et clichés, vous y trouverez de nombreuses informations dont le statut de protection des plantes en fonction des zones géographiques.
  • http://abiris.snv.jussieu.fr/flore/herbier.php : un herbier virtuel avec des photos type « botanique » et professionnelles, idéales pour comparer avec un échantillon.
  • http://www.floretox.fr/ : assistance en ligne pour l’identification des plantes toxiques de France.
  • La flore de Jeanne Covillot : « Clé d’identification illustrée des plantes sauvages de nos régions »
  • Guide des plantes sauvages comestibles et toxiques, de François Couplan et Eva Styner.
  • Dictionnaire des plantes médicinales et vénéneuses de France, de Paul-Victor Fournier

J’offre aux personnes participant à mes ateliers/formations ou marche-conférences un suivi et je propose de vérifier leurs futures cueillettes des plantes détaillées ensemble.

En ce moment, les inscriptions à la formation « Plantes Sauvages » sont ouvertes, informations ICI.

Biodiversité
Dernières nouvelles

Ouverture des inscriptions à la formation plantes sauvages de septembre 2020 à Grenoble!

Cette année, les modalités de la formation plantes sauvages changent un peu, en raison de la situation sanitaire instable.

Cette formation se déroule en présentiel en extérieur ET en visioconférence en direct. La théorie et les mécanismes de biologie abordés sont vus en visio, à l’aide de schémas appropriés, et en direct pour que l’on puisse communiquer ensemble au fur et à mesure. Les séances extérieures nous permettent d’interagir de manière plus conviviale, de voir les plantes, de les toucher et les sentir, et de valider certaines identifications.

Cette formation se veut pédagogique, claire et avec des échanges de qualité, c’est pourquoi je ne constitue pas de groupe supérieur à 10 personnes. Les séances en extérieur s’effectuent à Grenoble ou en périphérie très proche, accessible en vélo et/ou transport en commun.

Liste non exhaustive des plantes sauvages vues : achillée millefeuille, pissenlit, fumeterre, bruyère, prêle des champs, mélisse, reine des prés…

Contenu

Les plantes sont abordées de manière descriptive dans un premier temps (botanique pratique), puis nous passons du temps sur leurs principes actifs majeurs. Nous étudions en détail les tanins, mucilages, alcaloïdes… etc, afin que ces notions n’aient plus de secret pour vous. Nous approfondissons le mode d’action de ces composants sur notre corps, avec des exemples concrets. Nous parlons des différentes formes d’utilisation possibles pour chacune des plantes vues : infusion ou décoction? Quelle quantité? Quelle durée? Lorsque la plante est comestible, nous voyons comment la déguster. Certaines plantes de ce module sont utilisées seulement en phytothérapie. Une séance est dédiée aux parasites et à la sécurité lors de vos cueillettes, ainsi qu’au séchage des plantes.

Programme

Cinq heures de théorie en visio et en direct, 4 séances en extérieur. Un support pdf résumé est fourni après chaque séance par mail.

Détails du planning : les séances se déroulent les mardis, sauf la dernière qui aura lieu le lundi 16 novembre.

  • Séance 1 : en extérieur le 22 septembre de 18h à 19h
  • Séance 2 : visio 18h45-19h45, 29 septembre
  • Séance 3 : en extérieur le 6 octobre de 12h30 – 13h30
  • Séance 4 : visio 18h-19h, 13 octobre
  • Séance 5 : visio 18h-19h, 20 octobre (séance visio maintenue pendant les vacances de la Toussaint)
  • Séance 6 : visio 18h-19h, 27 octobre (séance visio maintenue pendant les vacances de la Toussaint)
  • Séance 7 : en extérieur 12h30-13h30,  3 novembre
  • Séance 8 : visio 18h-19h, 10 novembre
  • Séance 9 : en extérieur 12h30 – 13h30, 16 novembre

Conditions d’inscriptions

Le tarif est de 180 euros par personne, possibilité de payer en plusieurs fois. L’inscription est validée à la réception d’un chèque d’arrhes de 50 euros, à l’ordre de Mathilde Simon Auxime, à adresser au 2 rue Barral de Montferrat, 38100 Grenoble. Il n’y aura pas de remboursement possible suite à une annulation de votre part, un échange avec une autre formation restera envisageable dans la limite des places disponibles. Si l’annulation est de mon ressort, vous serez intégralement remboursé(e)s. Le nombre de places est limité à 10. S’il devient impossible de se rassembler en extérieur, les séances seront maintenues en visio.

Une attestation de suivi pourra être remise en fin de formation.

Je suis à votre disposition par téléphone et mail : 06 13 41 89 77 et/ou lechosauvage@gmail.com

Achillea millefolium, crédit photo O. Du Suau
Plantes sauvages "du bas de l'immeuble"

Plantes sauvages “du bas de l’immeuble” n°11 : l’achillée millefeuille.

Achillée millefeuille prête pour le séchage

Celle-ci est très commune, de la ville à la montagne, et elle est en fleurs en ce moment. Particulière par l’agencement de son inflorescence, comestible et fameuse pour ses propriétés médicinales. Ces dernières sont d’ailleurs reconnues par l’agence européenne EMA, entre autres autorités réglementaires.

Une plante légendaire

Il s’agit de l’Achillée millefeuille, Achillea millefolium. Une plante à connaître lorsque l’on s’intéresse aux médicinales. “Achillée” vient de Achille, personnage de la mythologie grecque, dont la légende dit qu’il aurait utilisé cette plante pour soigner les plaies de ses soldtats pendant la guerre de Troie. Ses vertus médicinales ont été étudiées et reconnues par la suite, et on l’emploie aujourd’hui pour son action sur la sphère de la circulation sanguine. Elle a, entre autres, de nombreuses applications autour du cycle menstruel chez la femme. Les différentes formes utilisées et les mécanismes d’action sont vus en détails dans la formation plantes sauvages.

L’achillée appartient à la famille des Astéracées

C’est une plante de la famille des Asteracées, dont la silhouette, de loin, ressemble plutôt à la famille des Apiacées. Pour s’assurer de son affiliation aux Asteracées et non aux Apiacées, on observe la structure de l’inflorescence : les tiges qui portent les fleurs (pédoncules), partent à des niveaux différents de la tige principale.

Les Apiacées, au contraire, ont leurs pédoncules (tiges portant les fleurs) qui partent d’un unique point, donnant l’allure des baleines d’un parapluie retourné par le vent :

Inflorescence en ombelle
Inflorescence en ombelle,
caractéristique des Apiacées

L’insertion en ombelle est caractéristique de la famille des Apiacées (anciennement ombellifères). Il est très utile de savoir “ranger” les plantes dans cette famille botanique car elle rassemble des plantes à la fois très intéressantes sur le plan culinaire et médicinal (carotte, fenouil, cerfeuil, berce…), mais aussi des espèces dont la consommation est mortelle (grande et petite cigüe par exemple). En sachant reconnaître cette disposition des fleurs dans l’inflorescence, vous saurez si votre plante est ou non dans cette famille.

Et est comestible

Revenons en donc à notre Achillée, que vous ne confondrez plus avec une Apiacée ;-). Son inflorescence est en fait encore plus subtile, mais nous détaillerons cela au cours d’un autre article. Elle est aussi comestible. L’achillée est aromatique et amère, et est intéressante pour relever certains plats. Elle est très riche en fer, manganèse, potassium, calcium, dont les valeurs contenues dans 100g de plante sèche recouvrent plus de 100% de la Référence Nutritionnelle pour la Population. Ne vous en privez donc pas, en ajoutant de temps en temps tout simplement quelques feuilles à votre salade!

Sources :

Chroniques végétales, Le blob, l’extra-média.

https://www.cerin.org/rapports/reference-nutritionnelle-population-intervalle-de-reference-apport-satisfaisant/

-Alberski, J., Grzegorczyk, S., Kozikowski, A. & Olszewska, M. Habitat occurrence and nutrition value of Achillea millefolium L. in grasslands. J. Elementology 14, 2009.

plantago lanceolata
Plantes sauvages "du bas de l'immeuble"

Plantes sauvages “du bas de l’immeuble” n°10 : le plantain lancéolé.

Celle-ci est connue de toutes et tous, au moins par son nom : le plantain. Le plantain lancéolé est une des “basiques” que j’apprécie particulièrement, avec l’ortie et le pissenlit. Je mélange habituellement le plantain lancéolé au potage avec les orties. Une base de pommes de terre, oignons et carottes revenu(e)s dans de l’huile d’olive, et quelques épices, le tout à dorer. Ensuite, j’ajoute l’eau, puis le plantain et les orties. Il en résulte une soupe onctueuse, légère, pleine de vitamines et minéraux, au délicieux goût de champignons. Les feuilles sont plus tendres jeunes, au printemps.

Plantago lanceolata
Inflorescences de Plantago lanceolata

Il existe de nombreux plantains différents en France, ils appartiennent à la famille des Plantaginacées. Aujourd’hui je parle du plantain lancéolé (plantago lanceolata) car, selon moi, c’est le plus intéressant au goût, et il possède aussi des propriétés médicinales importantes. Son nom lui vient de la forme de ses feuilles, qui ressemblent à une lance. La feuille présente des nervures parallèles, qui lui valent son nom commun d'”herbe à 5 côtes”. Des hampes florales partent du centre de la plante, et permettent d’élancer les épis de fleurs vers le ciel (et les pollinisateurs). La partie visible lors de la floraison sont les étamines blanchâtres. (étamines : partie mâle de la fleur, responsable de la production de pollen).

On utilise donc ses feuilles, cuites ou crues, les inflorescences et les graines sont comestibles aussi. Il existe de nombreuses manières de le déguster. En pesto, en salade, à la poêle, en potage… Il contient des minéraux comme le manganèse, magnésium, cuivre, et des vitamines (pro-A, B2 B3, C, E, K).

plantago lanceolata
Plantago lanceolata

Pour la partie médicinale, le plantain lancéolé est inscrit à la pharmacopée européenne, comme la mauve sylvestre que nous avons vue précédemment. Ses propriétés anti-inflammatoires ne sont plus à démontrer : à la fois par une voie mécanique via les mucilages, qui agissent par contact, et aussi par une voie biochimique en agissant sur la réponse inflammatoire. Il est aussi intéressant pour son activité anti-allergique et antiseptique. On peut l’utiliser selon le besoin, en alcoolature, macération huileuse, cataplasme…

En résumé, une plante commune, facile à trouver et à utiliser, dont il serait dommage de se priver!

Sources :

-Guide nutritionnel des plantes sauvages et cultivées, François Couplan, Broché, 2011

https://www.ema.europa.eu/en/documents/herbal-report/final-assessment-report-plantago-lanceolata-l-folium_en.pdf

-Guil-Guerrero, J. L. (2001). Nutritional composition of Plantago species (P. major L., P. lanceolata L., and P. media L.). Ecology of food and nutrition, 40(5), 481-495.

-Dictionnaire des plantes médicinales et vénéneuses de France, Paul-Victor Fournier, Omnibus

https://www.tela-botanica.org/bdtfx-nn-49948-synthese

Nazarizadeh, A., Mikaili, P., Moloudizargari, M., Aghajanshakeri, S., & Javaherypour, S. (2013). Therapeutic uses and pharmacological properties of Plantago major L. and its active constituents. J Basic Appl Sci Res, 3(9), 212-221.

Borago officinalis
Plantes sauvages "du bas de l'immeuble"

Plantes sauvages “du bas de l’immeuble” n°9! C’est bel et bien de la bourrache.

Abeille sur bourrache, Photo de O. Du Suau

Un peu plus de délai sépare cet article depuis le dernier en date, la préparation des sorties m’occupe bien en ce moment 😉

Mais la voici, la magnifique étoilée n°9 ! Connue pour le goût iodé de ses fleurs et l’utilisation de son huile en cosmétique et soin de la peau.

Elle appartient à la famille des boraginacées, comme le myosotis et la consoude. Un des caractères communs de cette famille est l’inflorescence dite scorpioïde, c’est à dire que la disposition des fleurs ressemble à la queue du scorpion :

La bourrache est comestible mais en petite quantité, les fleurs se mangent cruent, et ont un goût iodé, elle est parfois appelée “huître végétale”. Les feuilles se consomment cuitent. La plante contient des alcaloïdes qui peuvent êtres toxiques pour le foie.

La bourrache, Borago officinalis, est plutôt reconnue et utilisée aujourd’hui pour son huile, obtenue à partir des graines. Ces semences contiennent des acides gras essentiels (non synthétisés par notre organisme, et qui doivent donc êtres apportés par l’extérieur) et des anti-oxydants, notamment.

Si vous observez de près la bourrache, vous pourrez apercevoir que les abeilles ne sont pas les seules à cohabiter avec cette plante mellifère, mais que les fourmis sont aussi de la partie. Les fourmis raffolent des graines de bourrache, et viennent les chercher et les transportent jusqu’à leur fourmilère. Ce mode de diffusion spécifique qui fait intervenir les fourmis pour disperser les graines est appelé myrmécochorie.

Fourmis et bourrache
Fourmis et bourrache

Sources :

-La Bourrache, une étoile au jardin de Bernard Bertrand

-Université Pierre et Marie Curie : http://abiris.snv.jussieu.fr/flore/herbier.php

-Les huiles végétales, de Chantal et Lionel Clergeaud