La cueillette, entre savoir et art de vivre

Conversations sous l'arbre Chaumont sur Loire 2026

Les Conversations sous l’arbre – octobre 2026

Je connaissais un peu les Conversations sous l’arbre, notamment à travers des conférences de Marc André Selosse que j’avais visionnées. J’ai ensuite découvert que le programme proposait de nombreuses rencontres, sur des thématiques très variées mêlant scientifiques et artistes.

C’est en y étant conviée que j’ai découvert l’ampleur du projet, les personnes qui l’animent et leurs intentions.

Je dois dire que j’ai été charmée par les personnes que j’y ai rencontrées, par leur volonté et succès à réunir des artistes et des scientifiques dans un lieu exceptionnel, en offrant une fenêtre de temps inhabituelle de nos jours.

Chaumont sur Loire
Chaumont sur Loire

Les Conversations sous l’arbre sont un moment assez intimiste, où le nombre de personnes qui assistent aux conférences est volontairement réduit. Les échanges avec le public sont faciles et spontanés et peuvent se poursuivre bien au-delà.

Le programme est intercalé entre des repas préparés avec une cuisine merveilleuse, au Grand Chaume. L’organisation veille à ce que les membres du public puissent être à table avec chacun.e.s des intervenant.e.s, permettant de continuer et d’approfondir les échanges, de créer du lien. On ne vient pas seulement écouter, on prend le temps de se rencontrer.

C’est au cours de ces Conversations sous l’arbre que j’ai notamment rencontrés Catherine Hoa, qui a réalisé certaines photos qui accompagnent cet article, Keiko Imamura et François Couplanc, Anaïs Tondeur et Eric Lambin.

Je remercie chaleureusement Chantal Colleu-Dumond et Marie-Laure Desjardins pour leur compagnie et l’opportunité qu’elles m’ont donnée de participer à cet événement.

Et de quoi a-t-il été question lors de cet événement ?

De la cueillette, bien sûr, vue par chacun de nos travaux.

Eric Lambin

Eric Lambin a ouvert le bal en abordant la pratique de la cueillette sauvage sous un angle historique, et a également introduit la notion de « biophilie », que j’ai découverte à ce moment-là.

La biophilie désigne, dans certaines approches, une attirance pour le vivant. Une hypothèse récente propose d’envisager la biophilie comme un trait de tempérament, susceptible de varier d’un individu à l’autre, et plus précisément comme une attirance spécifique pour la biodiversité.

Réf : The Biophilia Reactivity Hypothesis: biophilia as a temperament trait, or more precisely, a domain specific attraction to biodiversity. Wood ; Knuth et al., 2023.

Mathilde Simon

J’ai ensuite pris la parole, pour parler de la pratique de la cueillette sauvage comme d’un moyen de décentrer notre regard humain.

J’ai choisi d’entrer pas à pas dans le domaine par l’observation, la perception, la connaissance, l’expérience puis la rencontre du végétal.

Des étapes qui m’ont permis de questionner et de prendre du recul sur l’anthropomorphisme presque systématique qui accompagne notre rapport aux plantes.

Nous avons en effet tendance à leur prêter des intentions, des émotions ou des comportements que nous interprétons à partir de notre propre expérience humaine.

Mais que se passe-t-il lorsque nous prenons le temps de regarder une plante pour ce qu’elle est, plutôt que pour ce qu’elle représente pour nous ? Lorsque nous essayons de comprendre ses contraintes, ses interactions, ses stratégies adaptatives ?

Mathilde Simon
Mathilde Simon, crédits Catherine Hoa

J’ai terminé par une ouverture sur la robustesse du végétal, inspirée par le temps que je passe auprès de ces organismes vivants, mais aussi par mon travail au sein de l’Institut Michel Serres, aux côtés d’Olivier Hamant et de la communauté larobustesse.org.

La cueillette devient alors un point de départ pour interroger notre manière d’habiter le monde. Par l’expérience concrète qu’elle nous fait vivre, mais aussi par les connaissances qu’elle nous permet d’acquérir et l’observation du fonctionnement des végétaux, elle ouvre des pistes de réflexion sur d’autres façons de faire société, en nous inspirant des dynamiques du vivant.

Anaïs Tondeur

Anaïs Tondeur
Anaïs Tondeur

J’ai été très émue par la prise de parole et le travail d’Anaïs Tondeur, qui nous a présenté son œuvre Fleurs de feu.

À travers ce travail photographique, elle nous emmène à la rencontre de plantes qui se développent dans des milieux particulièrement dégradés par les activités humaines, notamment sur les terres polluées de la Terre des Feux, en Italie.

En utilisant notamment la phytographie, un procédé qui permet de révéler l’empreinte des végétaux sur le support photographique, Anaïs Tondeur nous donne à voir ces plantes autrement. Son travail, à la croisée de l’art, de la botanique et de l’écologie, nous invite à porter attention à ce qui passe habituellement inaperçu.

Anaïs Tondeur fait émaner la poésie de ces endroits très abîmés, à travers la phytographie des plantes qui parviennent à s’y développer.

Keiko Imamura et François Couplan

Cela aura été pour moi l’occasion de les rencontrer après avoir lu une grosse partie du travail de François et en avoir entendu parler.

Ils ont pu donner à voir une autre façon de vivre la cueillette en parlant de la place des plantes sauvages dans la culture japonaise. Cette comparaison met en lumière la place de la culture, de la tradition alimentaire et les représentations que chaque société entretient avec le monde végétal.

Et ces dernières ne reflètent pas forcément les propriétés des végétaux !
Eric Lambin et Mathilde Simon
Eric Lambin et Mathilde Simon, crédits Catherine Hoa

Nous nous rejoignons sur cette idée : nous ne rencontrons jamais les plantes avec un regard totalement neutre. Notre culture façonne ce que nous voyons, ce que nous savons, ce que nous cueillons et même ce que nous considérons comme digne d’intérêt.

Ces rencontres m’ont rappelé combien il est précieux de croiser les approches, les sensibilités et les expériences. La botanique, l’ethnobotanique, l’art et les pratiques de terrain ne racontent pas exactement la même chose du vivant, et peuvent se nourrir mutuellement.

La cueillette nous invite à voir et rencontrer les plantes autrement. Les Conversations sous l’arbre ont elles aussi contribué à renouveler et enrichir mon regard.

Mathilde Simon

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