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Les bourgeons, un monde à part entière

cynorrhodon givré
Cynorrhodons givrés

En cette saison de repos végétal, phase appelée aussi dormance*, nous pouvons apercevoir encore quelques fruits sauvages perchés au bout des branches, comme les cynorrhodons ou les prunelles par exemple.

Ces fruits, comme nous en avions parlé dans cet article, constituent une étape clé de la dissémination des graines, et donc de la survie de l’espèce.

L’hiver, positionnés sur les branches nues, on observe également les bourgeons, qui eux aussi sont essentiels à la pérennité de la plante.

Les bourgeons se différencient en fonction de ce qu’ils contiennent…

Pour la plante, le bourgeon est un organe complexe dont nous simplifierons la définition ici : c’est un ensemble de très jeunes pièces foliaires ou florales, regroupées sur un axe extrêmement court, riche de cellules méristématiques*. Ces précieux organes miniatures sont protégés par des écailles et un duvet cotonneux appelé bourre, d’où provient d’ailleurs le nom de bourgeon (du latin burra, bourre).

Illustration de bourgeons en coupe transversale
Illustration de bourgeons en coupe transversale, par L’écho sauvage
  • Le bourgeon qui contient des pièces florales est communément appelé le bouton floral. Il donnera après éclosion une fleur et permettra donc la reproduction sexuée de la plante.
  • Le bourgeon qui contient les pièces foliaires est le bourgeon à bois. Il donnera un rameau* et des feuilles et permettra la croissance de la structure générale de la plante.

… Et se différencient aussi en fonction de leurs dispositions.

Bourgeons de frêne
Bourgeons de frêne

Le rameau porte des bourgeons à différents endroits:

  • En haut de l’axe principal : bourgeon terminal, assure la croissance en longueur de la tige.
  • Sur les côtés du rameau : bourgeon axillaire dont le fonctionnement détermine la croissance latérale de la plante.

Il existe de nombreux autres types de bourgeons, mais pour cette première approche, nous n’en énumérerons pas plus.

Optimisation du timing

La présence de ces organes miniatures, prêts à s’épanouir, permettra à l’arbre de disposer d’un équipement rapidement fonctionnel à l’arrivée du printemps et sa fameuse levée de dormance. Les bourgeons peuvent être élaborés l’année précédant leur éclosion. Il arrive même que certains bourgeons “attendent” plusieurs années le moment idéal pour s’ouvrir.

Pour commencer, le frêne!

schema de bourgeon de frêne
Illustration de bourgeons de frêne, par L’écho sauvage

Pour débuter, vous pouvez partir à la recherche des bourgeons de frêne élevé Fraxinus excelsior, très commun en France. Ses bourgeons sont facilement identifiables. Les bourgeons axillaires sont opposés deux à deux et ont un angle de 90° entre chacune de ces paires opposées.

Le bourgeon terminal est plus gros que les axillaires, et a l’aspect d’une pyramide déposée au sommet du rameau.

L’aspect noir et velouté de ses bourgeons est très spécifique et vous mettra sur la voie!

Les cicatrices foliaires, un autre indice :

Et enfin, vous pouvez également observer, et parfois la loupe sera nécessaire, ce que l’on appelle les cicatrices foliaires. C’est la marque laissée par la feuille après sa chute.

Bourgeon de frêne et cicatrice foliaire
Bourgeon de frêne et cicatrice foliaire

C’est personnellement quelque chose que j’aime beaucoup observer. Je suis fascinée par la disparité qui peut exister sur ce petit endroit, et ce qu’il révèle de la feuille qui se trouvait là avant. Dans le cas du frêne, la cicatrice foliaire est en forme de demi-cercle, et on peut observer la trace des vaisseaux qui assuraient les échanges entre la feuille et le rameau.

Si vous souhaitez avoir plus d’informations sur le frêne, vous pouvez consulter la fiche espèce correspondante :

Cicatrice foliaire et bourgeon du noyer
Cicatrice foliaire et bourgeon du noyer

Pour imager les différences claires et nettes qui peuvent exister entre les nombreux types de cicatrices foliaires, voici celle du noyer ci-contre, bien distincte de celles du frêne!

Lorsque l’on souhaite identifier un arbuste ou un arbre l’hiver, la cicatrice foliaire, la disposition des bourgeons, la forme et la couleur des écailles de ces derniers sont les principaux critères à observer.

Un mot sur l’utilisation des bourgeons en phytothérapie

Les bourgeons, comme toutes les autres parties d’une plante, contiennent de nombreuses molécules intéressantes pour la phytothérapie. La gemmothérapie consiste à utiliser spécifiquement les principes actifs contenus dans les bourgeons et tissus embryonnaires de la plante. Ces extraits sont obtenus par macération des bourgeons dans un mélange de glycérine, alcool et eau. Beaucoup de vertus leurs sont attribuées.

Mon approche est principalement scientifique, et mon métier consiste en partie à expliquer les modes d’action de ces molécules sur notre organisme, lorsque cela est possible. Dans le cas de la gemmothérapie, les données sont principalement des observations actuelles et empiriques. Ce qui n’est absolument pas négligeable bien entendu. Ces informations sont essentielles et nécessaires, et font partie de la construction de nos savoirs et savoir-faire. En ce qui me concerne, ces éléments me permettent simplement d’émettre des hypothèses. Je trouve très intéressantes les propriétés allouées à certains macérâts de bourgeons, comme pistes de réflexion. La question de la capacité des composants si particuliers des tissus embryonnaires à agir sur notre organisme m’intrigue particulièrement.

Je suis impatiente de pouvoir lire et apprendre des prochaines études qui seront faites sur ces extraits! Et si vous avez des sources sur ce thème, n’hésitez pas à me le faire savoir, je serai ravie de les étudier.

Bonnes observations à toutes et à tous !

Dormance : en physiologie végétale, la dormance est un état physiologique ” permettant à un organisme vivant de cesser toute ou une partie de son activité pendant la mauvaise saison sous l’effet du froid, de la sécheresse, d’un éclairement insuffisant ” (George 1970).

Rameau : En général, le rameau est une formation ayant une structure de tige, née d’un bourgeon porté par un axe principal.

Cellules méristématiques : cellules indifférenciées (dont le devenir n’est pas encore décidé) en division. Forment le tissu embryonnaire.

Sources :

-Dictionnaire de Botanique de Bernard Boullard, Edition Ellipses.

Crédit photo @Catherine Gauthier
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Shooting photo avec Catherine Gauthier à Lans en Vercors

Aujourd’hui je souhaite vous parler de l’image et du travail de Catherine Gauthier, photographe professionnelle.

J’ai fait appel à ses services afin d’illustrer certaines de mes publications professionnelles. Il est très facile de mettre en avant les fleurs, les plantes et la science, mais quand il s’agit de son image personnelle et de sa sensibilité, ce n’est pas la même chose. Et pourtant, le facteur humain est essentiel. J’attache également une grande importance à la notion d’esthétisme en général, si personnelle soit-elle.

Le visuel laisse place à une sensibilité supplémentaire

Croquis en cours, Bourse à Pasteur, Brassicaceae.

Le visuel, sans texte, permet de suggérer des émotions différentes. J’étudie beaucoup, manie les mots, la science, je vulgarise au maximum tout en préservant la précision et la rigueur, primordiales pour avancer avec des bases solides sur la voie des plantes. Mais je pense que nos chemins s’équilibrent avec notre sensibilité. Un ami (merci Seb) m’a partagé un article qui évoque le duo science-sensibilité que je trouve très intéressant: “A l’écoute des plantes” paru dans la revue Relations numéro 800, “Regards critiques sur la science”.

Cette dimension me tient à coeur et fait partie intégrante de ma personnalité, j’aime le riche mélange du cartésien, de l’artistique et de la poésie.

C’est dans le but de créer des images qui reflètent mon univers que nous avons travaillé ensemble, avec Catherine.

Une séance sous le signe du naturel

Que ce soit le cadre, dans le Vercors près du lieu où j’anime des stages, l’ambiance ou le style des photos, toutes ces composantes ont été axées sur le naturel.

Identification à partir des fruits.

Catherine va à l’essentiel, ce qui me correspond tout à fait! Après une discussion pour évoquer mes besoins et envies, Catherine se met en mouvement et dirige simplement la séance. Nous passons un moment de partage authentique. Très rapidement j’oublie mes appréhensions, et mon attention est juste concentrée sur les fruits, les arbres, les plantes qui nous entourent, comme à chaque fois que je suis dehors!

A travers cet article, je vous partage un échantillon de ces instants d’automne.

Ce shooting a été réalisé avec la lumière naturelle, pas de filtre ni de flash.

Vous pouvez consulter le travail de Catherine ici: www.catherinegauthierphoto.fr

Merci à toi Catherine!

Contemplation – gratitude

botanique
Dernières nouvelles, Formation plantes sauvages comestibles

Formation Plantes Sauvages comestibles: identification, nutrition & alimentation sauvage

Une nouvelle session débute la semaine du 27 janvier 2021 ! Comment cela se passe et en quoi cela consiste ?

Nous nous retrouvons une fois par semaine, pendant une heure en live, le tout pendant 5 semaines consécutives. Le déroulement d’une séance type se fera comme suit:

  • Dans une première partie, nous voyons en détails la structure et les caractéristiques fonctionnelles de la ou des plantes choisies. Nous faisons donc de la description botanique appliquée à la reconnaissance sur le terrain, et ciblée sur les risques de confusion.
  • La seconde partie de la séance est consacrée aux différentes utilisations possibles de ces plantes dans l’alimentation. Nous parlerons de leur contenu nutritionnel lorsque les données sont là, et brièvement de leurs principes actifs thérapeutiques.
  • Et enfin, d’une manière générale: j’aborderai la sécurité en cueillette:

1-la nôtre, avec un point sur les parasites/pollutions

2-la sécurité de l’environnement: comment minimiser notre impact sur le développement des plantes récoltées.

Valériane officinale
Valériane officinale

Cette session est donc orientée identification et risques de confusions, ainsi que cuisine sauvage. Nous ne développerons que très peu la partie médicinale, qui est vue spécifiquement dans la formation “Plantes sauvages – vertus et utilisations thérapeutiques” , et qui est en cours actuellement. Une nouvelle session de cette formation commencera en janvier 2021.

Quelles plantes ?

Celles qui sont tout près de nous, dans notre quotidien sans que l’on s’en rende compte. Je démarre la session avec des plantes que j’ai choisies, et vous pourrez ensuite fournir de votre côté quelques spécimens qui éveillent votre curiosité. Si vous trouvez une plante qui borde vos parcours quotidiens, vos trottoirs, ou vos sorties, nous pourrons en parler, voire j’en ferai un topo complet si elles présentent un intérêt culinaire. Voici une liste non exhaustive : amaranthes, chénopodes, galinsoga, pariétaire, ortie, égopode, avec quelques points spécifiques sur les apiacées toxiques.

Le but est qu’à l’issue de cette session vous sachiez identifier une série de plantes qui se trouvent dans votre environnement proche, et les distinguer d’éventuelles ressemblances avec des espèces toxiques. Vous pourrez alors les inclure dans vos préparations.

Pour cela, je vous accompagne pendant ces 5 semaines. Nous ne serons pas plus de 10 par groupe, afin que tout le monde puisse intervenir facilement.

Le pratico-pratique:

Le créneau est le mercredi 18h-19h. La session qui commencera en janvier 2021 pourra être sur un créneau supplémentaire si besoin.

Il vous faut pour cette formation:

  • Une bonne connexion internet,
  • Un micro et une caméra fonctionnels,
  • L’application WhatsApp est recommandée, je créerai un groupe pour pouvoir échanger les photos de vos trouvailles et permettre des interactions rapides pendant ces 5 semaines, et jusqu’en juin 2021.

Le tarif est de 95 euros par personne. Je fournis un pdf résumé chaque semaine. Je peux produire une attestation de suivi si nécessaire. Inscriptions et informations supplémentaires par mail à lechosauvage@gmail.com

J’organise des sorties régulièrement toute l’année, en fonction de la météo, du stade de développement des plantes et de ce qu’il m’est autorisé de faire selon les conditions sanitaires. Nous nous retrouverons donc très certainement dès que nous le pourrons pour passer des moments ensemble en nature.

A très bientôt, Mathilde.

Cynorrhodons, Rosa canina
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L’automne est là, avec ses multiples fruits sauvages et ses semences à distribuer

L’automne, c’est la fin du cycle des plantes, pour la grande majorité d’entre elles. Ces dernières ont fleuri pendant tout l’été, ont été pollinisées et leurs ovules fécondés pour donner des embryons contenus dans les graines. La suite de l’histoire, c’est la propagation de ces embryons dans leur environnement pour perpétuer l’espèce.

Comment les plantes s’y prennent-elles pour cette dissémination? Comment font-elles face à leur immobilité ? Avec l’aide de pas mal de monde!

En “surfant” avec le vent…

Akènes du pissenlit en vol

Certaines utilisent la force du vent, comme le pissenlit, bien connu pour cela : qui n’a pas soufflé sur un capitule de pissenlit en graines pour voir s’envoler les « mini parachutes » ? Très poétique, mais aussi très ingénieux.

Vortex généré par la graine de pissenlit. Nature 2018
Vortex généré par la graine de pissenlit.

Accrochée à son “parachute” appelé pappus, la graine de pissenlit peut parcourir au bas mot des dizaines de kilomètres. Une équipe de chercheurs (Nakayama et al., Nature 2018) a étudié en détail le fonctionnement de cette structure, et il s’avère que l’architecture du pappus permet la formation d’un vortex au-dessus de ce dernier. Ce qui va freiner la chute de la graine et permettre sa progression sur une longue distance.

… ou en covoiturage

Un peu moins poétique mais pas moins astucieux, il existe un second moyen de dissémination qui va nous impacter plus directement : le développement du fruit charnu.

Fruits aubépine
Fruits d’aubépine (cenelles)

Dans ce cas, les fleurs fécondées, vont donner naissance à une partie épaisse, rebondie et souvent colorée, que nous appelons communément le fruit et qui contient les graines (et donc les fameux embryons). Certains de ces fruits sont très riches en nutriments, vitamines, minéraux, sucres qui sont utiles dans l’alimentation de nombreux animaux, y compris les humains. Ainsi cette saison est propice à la récolte de nombreux fruits sauvages intéressants pour la cuisine et certains remèdes. Les animaux, doués de mouvement, vont ingérer ces fameux fruits, bénéficier des apports nutritifs procurés, et rejeter plus loin dans leurs excréments les graines contenues dans les fruits. Les graines sont la plupart du temps protégées du système digestif par leur enveloppe, et arrivent intactes à la sortie. Moins charmant que la graine de pissenlit n’est-ce pas ?

Aigremoine eupatoire
Fruits d’aigremoine eupatoire

Le règne végétal « utilise » de nombreuses autres espèces qui peuvent se déplacer, et pallie ainsi à son immobilité. Dernièrement, ce sont les fruits d’aigremoine eupatoire qui m’ont employée lors d’une randonnée : les fruits accrochés à ma chaussette ont pu parcourir quelques kilomètres avec moi, avant que je ne les enlève.

Et ensuite?

Après cette vadrouille, les graines sont déposées dans un nouvel environnement, et vont entrer en dormance durant tout l’hiver. Au printemps, la « levée de dormance » permettra la germination et l’épanouissement d’un nouvel individu. Ces étapes toutes aussi intéressantes feront l’objet de futurs articles lorsque viendra le moment dit de la dormance et de sa levée!

Selon la stratégie sélectionnée, les fruits peuvent aussi être toxiques, pour se protéger et à l’inverse ne pas être consommés. Attention donc à l’identification et la sécurité, comme toujours. Vous pouvez lire à ce sujet cet article.

Il existe une multitude de mécanismes utilisés par les plantes pour parvenir à leurs fins malgré leur fixité. Ainsi l’évolution a permis des partenariats et des stratégies où la notion de vie en communauté et d’échanges de “services” est primordiale. Tout dépend de l’échelle à laquelle on observe tout cela…

Dormance : arrêt momentané du développement de la graine ou du bourgeon. Etat qui permet généralement à la plante de passer une période défavorable à sa croissance, souvent liée aux conditions environnementales.

Vortex : tourbillon creux au sein d’un fluide en écoulement.

Akène : fruit sec indéhiscent dont la graine n’est pas soudée au péricarpe (paroi du fruit).

Indéhiscent : fruit qui ne s’ouvre pas à maturité par un mécanisme propre.

Références :

A separated vortex ring underlies the flight of the dandelion. Cathal Cummins, Madeleine Seale, Alice Macent,  Daniele Certini, Enrico Mastropaolo, Ignazio Maria Viola & Naomi Nakayama. Nature volume 562, 414–418 (2018)

Dictionnaire de botanique, Bernard Boullard, éditions ellipses.